Information complémentaire sur le tango argentin et ses modes de transmission



Crédit photo: UNESCO, Ciudad de Buenos-Aires

Le 30 septembre 2009, L'Unesco (Organisation des Nations Unies pour l'Éducation, la Science et la Culture) inscrivait le tango sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité.

  • Le tango est une danse urbaine aux racines multiples parmi lesquelles on retrouve la habanera (Cuba, Afrique), la polka et la valse (Europe) et le folklore argentin. Ses origines remontent au delà de 1880, le tango a connu plusieurs périodes fastes aux alentours des années 1920 et pendant les années 1940-1955, l’Age d’Or du tango. On assiste à une très forte reprise depuis 2003 en partie liée à l’apparition d’une nouvelle musique mélangeant le tango, le jazz et l’électro. Pour certains, le tango peut devenir une sorte de mode vie au point qu’un tourisme du tango a pris une ampleur inattendue en quelques années.

Il est possible de danser le tango dans le monde entier comme au Japon, en Turquie, en Allemagne, en France, aux Etats-Unis etc… en grande partie grâce aux danseurs argentins qui voyagent et dispensent leur enseignement depuis des lustres. Un réseau de festivals s’est établi depuis plus d’une décennie (Barcelone, Bruxelles, Tarbes…) pouvant réunir plusieurs centaines de danseurs de tous niveaux et, depuis quelques années, est apparu un réseau de marathons tango, principalement en Europe, permettant de danser sans limite le temps d'un week-end.

Grâce au renouveau de ces dernières années, on constate un fort rajeunissement de la population des danseurs qui commence maintenant en dessous de la trentaine.

  • Le tango argentin est à la fois une danse sociale populaire et une danse de scène capable d’influencer les grands chorégraphes contemporains comme Pina Bausch. Cette richesse s’explique par la complexité paradoxale du tango: la chorégraphie de la danse se réduit à quelques déplacements mais elle repose sur des principes complexes de dissociation et de connexion entre les personnes qui sont très proches des conditions des ballets de danse contemporaine.

Ce squelette chorégraphique très réduit, le tango est une succession de pas et de pivots effectués à deux, ouvre en fait une liberté de combinaisons presque infinie qui s’offre à tout danseur même débutant. Par définition, un danseur de tango argentin est le chorégraphe de sa propre danse et de celle de son/sa partenaire. Assister à un bal tango est une source de surprise systématique pour les novices car aucun des couples du bal ne danse la même chose que ses voisins.

Plus extraordinaire encore, jusqu’à présent, malgré cette liberté chorégraphique, chaque tanguero dans le monde peut danser avec n’importe quel autre malgré les probables différences de niveaux techniques et de comportements sociaux. La clé de ce mystère réside dans les conditions de pratique du tango qui reposent sur la notion de communauté.

  • En pratique, on constate l’émergence de communautés tangueras autour de pôles constitués par les milongas (les bals tango) et l’enseignement. Comme la pratique du tango en solo est presque inexistante, le bal est le lieu privilégié pour danser le tango au point qu’il dégage une énergie semblable à celle d’un ballet.

Le démarrage d'une communauté tanguera peut être long, le temps nécessaire pour former une centaine de danseurs jusqu'à un niveau technique suffisant et aussi pour créer des lieux permettant de danser en bal au moins une fois par semaine.

Le temps de mise en place d’une communauté est donc lié à la durée d’apprentissage de la danse qui dépend à son tour du rythme de l’enseignement et du rythme de maturation des danseurs.

  • Classiquement en France, l’enseignement du tango s’effectue sous forme de cours hebdomadaires d’une heure et demi pendant l’année scolaire soit environ 45 heures par an, et la très grande majorité des élèves n’ont à leur début aucune connaissance de la musique du tango. Par contre en Argentine, les élèves quel que soit leur âge, ont une vaste connaissance préalable de la musique du tango et les cours représentent au minimum 3 heures d’enseignement par semaine.

Depuis plus d’un siècle, l’enseignement du tango est complètement libre de tout diplôme, cette caractéristique a permis jusqu’à présent de préserver une extrême diversité de styles sans jamais conduire à la médiocrité grâce au filtre que constitue le bal. En effet, à la différence des danses “de salon” enseignées dans les écoles de danses "de société", l’apprentissage du tango argentin s’effectue au moins pour moitié dans les bals où les danseurs appliquent leurs acquis techniques et leurs capacités d’improvisation dans des conditions complètement différentes (8 m2 par couple en apprentissage, 100 danseurs sur une piste de 100 m2 en bal).

Selon le mémoire présenté conjointement par l’Argentine et l’Uruguay pour proposer l‘inscription du tango au patrimoine culturel immatériel de l’humanité (2009)

Le Tango est une manifestation culturelle qui rassemble la danse, la musique, la poésie et la chanson. Il exprime la manière dont les habitants de Buenos Aires et de Montevideo conçoivent le monde et la vie, et il est l’un des éléments majeurs de leur imaginaire culturel. Le Tango regroupe également différentes musiques, comme la milonga, la milonga candombeada (mélange de milonga et de candombe, l’une des musiques d’origine africaine présentes en Amérique latine), et la dénommée valse créole.

Le Tango est né comme une manifestation culturelle dans les secteurs les moins favorisés de la région du Río de la Plata. À l’origine, il a été une fusion des apports afro-américains, créoles et de l’immigration européenne. Le  Tango est une expression artistique et culturelle résultant des processus d’« hybridation », qui constitue actuellement l’un des signes fondamentaux de l’identité culturelle du « Río de la Plata ».

Pour en savoir plus:

  • Mémoire de Candidature pour l’inscription du Tango sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité en 2009 (http://www.unesco.org/culture/ich/index.php?pg=00011&RL=00258)
  • Texte de la Charte de la Communauté du Tango Argentin (http://charte.tango.free.fr)
  • Le Tango”, Essai de Horacio Salas, 1989-2004 (Actes Sud, Arles), 437p., ISBN 978-2-7427-5218-8
  • «Tango, du noir au blanc», Michel Plisson, 2004 (Actes Sud, Arles) 176p., ISBN 978-2-7427-4592-0. 2ème édition augmentée
  • «Sociologie des danses de couple. Une pratique entre résurgence et folklorisation.», Christophe Apprill, 2005 (L’Harmattan, Paris) 364p., ISBN 2-7475-9795-4.